Escor licencie soixante-deux personnes.

Jeudi 21 juillet 2005

Madeleine Joye

Machines à sous · Le fabricant de Guin abandonne les automates installés dans les cafés et restreint son activité aux casinos. Deux succursales seront fermées. Législation «prohibitive» montrée du doigt.

L'orage grondait depuis plusieurs mois dans le monde de la machine à sous : le coup de tonnerre a éclaté hier avec le communiqué d'Escor annonçant qu'il abandonne l'installation et l'exploitation des automates dans les cafés et les restaurants. De ce fait, l'entreprise fribourgeoise va fermer deux succursales en Suisse alémanique et biffer 62 emplois, dont 34 à Guin.

Dans son communiqué, Escor pointe un doigt accusateur sur la législation «prohibitive» imposée au secteur des machines à sous. Depuis le 1er avril en effet, seules les machines proposant des jeux d'adresse sont admis hors des casinos, mais les joueurs ne les aiment pas et le chiffre d'affaires d'Escor a dégringolé de quelque 90%. Christian Vollmer, directeur, accuse aussi la Commission fédérale des maisons de jeux d'avoir aggravé les choses en interprétant la loi de façon arbitraire, et en mettant jusqu'à deux ans pour homologuer les nouveaux appareils.

Pas de syndicats
Les 62 personnes licenciées aujourd'hui s'ajoutent aux quarante déjà remerciées il y a un mois. Ainsi, de 122 l'an dernier, les employés d'Escor se retrouveront à douze (à ses belles années, l'entreprise en a compté plus de 400). La direction est réduite de cinq à trois personnes et les administrateurs passeront de sept à trois lors de la prochaine assemblée générale, annonce aussi Escor. Un plan social a été établi, sous forme d'une somme calculée selon l'âge et l'ancienneté dans la maison. Ceux qui resteront jusqu'à la fin pour aider à la liquidation toucheront une prime. Mais il n'y aura pas de négociations avec les syndicats : «Je ne veux pas voir un syndicaliste; tout ce qui nous arrive est de la faute aux gauchistes», tonne M. Vollmer.

Le directeur ne se fait pas trop de soucis pour ses jeunes techniciens : «Ils sont bons et devraient retrouver du travail; ce sera plus difficile en revanche pour les personnes de 45 à 60 ans qui sont là depuis longtemps.»

Pour les cafetiers-restaurateurs, la décision d'Escor ne va pas changer grand-chose dans l'immédiat. «Les contrats restent en vigueur et nous sommes en contact avec quelques intéressés qui pourraient les reprendre», assure le directeur. Qui lance aussi un coup de griffe dans cette direction : «Frustrés par la baisse du chiffre d'affaires, les cafetiers s'en sont pris aux exploitants des machines; or ils ont un lobby de 20 000 à 30 000 établissements, et ils n'ont presque rien fait pour contrer la loi.»

30 ans de chicaneries
Escor, qui exploite près de mille machines dans treize cantons, dont environ la moitié à Fribourg, a réalisé l'an dernier un bénéfice de 4 millions de francs, pour un chiffre d'affaires de 40 mio, tous secteurs confondus. L'entreprise avait budgétisé 4 mio de déficit pour cette année; elle estime aujourd'hui que sa perte pourrait atteindre 20 mio.

Mais elle dispose aussi de liquidités - 30 mio à la fin de 2004. C'est pour assurer sa pérennité que ses dirigeants se sont résolus à des mesures draconiennes, affirme le communiqué. Selon Christian Vollmer, il s'agit de sauver l'argent qui reste pour faire autre chose. Escor va désormais se concentrer sur les casinos, mais reste ouvert à des participations dans des maisons de jeux ou «d'autres secteurs présentant un intérêt stratégique».

C'est en 1973 que Escor a été fondé à Fribourg, avant de déménager à Guin. S'il éprouve des regrets à l'égard de sa commune de domicile, le premier fabricant fribourgeois de machines à sous n'a pas d'états d'âme envers le canton : «On nous a chicanés pendant trente ans et, pour le casino, on nous a préféré des étrangers», reproche Christian Vollmer.


Principal concurrent, Proms y croit encore

stéphanie schroeter

«Ce qui arrive à Escor m'attriste. Depuis 25 ans, la concurrence entre nos deux entreprises était rude mais saine et respectueuse.» Directeur de Proms, Christian Blanquet se dit «déçu» par le manque de combativité d'Escor, qui a décidé d'abandonner l'exploitation et l'installation d'automates dans les cafés et restaurants.

«J'aurais préféré que les dirigeants ne baissent pas les bras si vite, même si cette situation renforce notre position sur le marché national! Ils m'ont proposé de reprendre leurs contrats avec environ 800 établissements romands et alémaniques, mais l'investissement est très important et nous n'avons pas les moyens financiers nécessaires.»

Pour le directeur de Proms, «Escor, c'est fini!» Il ne croit pas aux chances de survie de l'entreprise singinoise, qui souhaite désormais concentrer ses activités sur son secteur des casinos. «Escor possède 33% des actions d'un casino à Locarno. Son partenaire, Novomatic, un des leaders mondiaux de la fabrication de machines à sous, pourrait racheter les actions. Que peuvent-ils faire ensemble alors qu'Escor n'a plus d'argent?»

Fidèle à la devise qui veut qu'on n'abandonne pas un bateau en pleine tempête, Christian Blanquet, en bon capitaine, compte bien tout mettre en oeuvre pour redresser la barre. Et cela malgré les pertes financières (environ 5 millions de francs) et les licenciements (une cinquantaine d'emplois sur environ 158 sont récemment passés à la trappe).

Depuis le début du moisde juin et jusqu'au 31 août, les employés de l'entreprise fribourgoise spécialisée dans la fabrication et l'exploitation de machines à sous sont au chômage technique. Ils ne travaillent plus qu'à 10%, soit un jour par semaine. En outre, Proms a fermé au début du mois trois de ses cinq salons de jeux à Fribourg et Marly (La Liberté du 5 juillet). «Je suis très confiant. Nous allons remonter la pente petit à petit. Pour cela, j'attends les homologations de la Commission fédérale des maisons de jeux à Berne pour mettre en service une version améliorée et plus attractive de notre machine à sous d'adresse. Chaque jour, nos clients nous demandent quand les nouvelles machines vont arriver. Ils l'attendent, c'est la preuve qu'ils nous font encore confiance. Un deuxième jeu est également à l'étude à Berne, et nous en élaborons un troisième destiné aux personnes âgées.»

Et si les modifications tardaient encore, ou pire, si elles étaient refusées? «La Commission bernoise travaille plus vite qu'auparavant, et je pense que la décision tombera ces prochaines semaines. C'est clair que nous n'allons pas attendre des mois. Sinon, nous pourrions prendre le même chemin qu'Escor...»


Le chant du cygne de l'exception fribourgeoise

Patrice Favre

Avec la décision d'Escor se tourne une page sinon glorieuse, du moins originale, de l'histoire fribourgeoise. On ne voit pas en effet la maison Proms continuer seule une aventure décidément ruineuse. Pendant des décennies, Fribourg fut en effet le seul canton romand à autoriser les machines à sous dans les bistrots, alors que la Constitution fédérale avait interdit tous les jeux de hasard sur sol suisse - à l'exception de quelques casinos où la mise était limitée à 5 francs.

Mais Fribourg avait des arrangements avec le hasard. L'ajout d'un bouton supplémentaire sur ses machines obligeait le joueur à réagir en cas de victoire: il devait appuyer sur le bouton pour faire tomber ses gains. Le hasard devenait de l'«adresse», et l'interdiction fédérale était contournée.

Cette particularité fribourgeoise semble très ancienne: un règlement de 1959 de la loi sur le commerce fait déjà mention de ces machines! Les autres cantons romands n'en ont jamais voulu, malgré plusieurs essais. En février 1998 encore, lors d'un débat au Grand Conseil vaudois, le socialiste Eric Caboussat comparait les jeux d'argent au fait de «lancer sa femme sur le trottoir»!

Parmi les douze cantons alémaniques qui les autorisaient aussi (dont Zurich), aucun n'en avait autant que Fribourg: 1676 en 1996, d'après la Confédération - un chiffre exagéré, d'après Alain Maeder, chef de la Police du commerce à Fribourg, qui parle de 1400 machines à sous. A l'époque, les Fribourgeois mettaient 200 millions de francs par an dans ces machines, selon une estimation du Conseil d'Etat de décembre 1996. Depuis 1994, la mise était limitée à 2 francs, et le gain maximal à 50 francs.

Ce «vice» particulier n'était pas du goût de tous. Les travées du Grand Conseil gardent le souvenir de virulents débats, animés entre autres par la socialiste Claire Nordmann-Tschopp, très remontée contre ces jeux où se perdait la paie des ouvriers.

La mémoire journalistique, elle, se souvient de polémiques homériques entre François Gross, alors réd' en chef de «La Liberté», et Jean Martinet (l'homme de «Sauvez Gottéron»), alors patron d'Escor. Martinet avait même organisé un face-à-face entre ses employés et l'éditorialiste de Pérolles, sans grand succès.

La justice, elle, se souvient d'une centaine de cafetiers qui, au moment où les machines étaient vidées, s'arrangeaient avec une entreprise de la place et ne déclaraient qu'une partie des bénéfices au fisc. Dénoncée en 1991, l'affaire avait conduit à quelques condamnations et à de nombreuses amendes.

En 2000,entrait en vigueur la nouvelle loi fédérale sur les jeux, qui faisait suite à l'approbation des casinos par le peuple, en 1993. La Confédération, cette fois, n'a rien laissé au hasard. Plus question de bouton à presser, il faut désormais une véritable «adresse» pour gagner. Les machines à sous, elles, sont réservées aux casinos.

Fribourg, grâce au baroud d'honneur de ses députés à Berne, avait obtenu un délai de cinq ans pour passer aux machines d'adresse. Le délai s'achevait le 31 mars 2005. Quatre mois plus tard, l'échec des nouveaux jeux est patent et l'exception fribourgeoise prend fin.

(source : laliberte.ch)




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