Casino de Crans-Montana - Ras-le-bol au casino

Mercredi 6 avril 2011

Depuis 2005, les employés du Casino de Crans-Montana ne sont pas à la fête. Licenciements abusifs, injures et arrêts maladie sont leur lot quotidien. lematin.ch enquête.

Vous travaillez au Casino de Crans-Montana? Rien ne va plus. Depuis octobre 2005, c'est le groupe Partouche qui y applique son «management». Côté affaires, personne ne s'en plaint. Dès 2006, l'établissement dégage un énorme 25% de rentabilité. Cela classe Crans-Montana premier casino de Suisse.

Dans les salles, le personnel n'est pas à la fête. Sous constante pression, les collaborateurs «explosent». Jusqu'à fin 2009, les différents directeurs d'exploitation licencient à tour de bras. «C'était un véritable régime de terreur. On pouvait être renvoyé pour un manque de sourire ou pour une différence de caisse de quelques francs répétée», dit cette ancienne employée. «J'ai connu des brimades et un manque de respect incessant», témoigne cet ex-membre du comité de direction.

Ce qu'on appelle le «turn over», à savoir le mouvement du personnel, donne le tournis. Avant l'arrivée du groupe Partouche, il se situait autour de 35%. Entre 2006 et 2010, les statistiques internes montent à une moyenne de 70%. On atteint même les 90% en 2008. Aux prud'hommes de Sion, les dossiers s'empilent par dizaines. Selon les documents en notre possession, plus de trente cas ont été traités à ce jour, correspondant à plus de 300 000 francs d'indemnités versées afin d'éviter les jugements.

Cette situation, Fernand Nanchen, membre du conseil d'administration et qui s'exprime au nom de la direction, ne la nie pas. «C'était un système de gestion qui n'était pas adapté à la situation. Nous n'étions pas au courant. Quand on a su ce qui s'était passé, le ton est monté.» En accord avec l'Inspection du travail et la Commission fédérale des maisons de jeux (CFMJ), il assure avoir fait le ménage dès janvier 2010. «Nous avons ordonné de réels changements. Vis-à-vis des anciens employés, nous avons assumé nos responsabilités jusqu'au bout. A présent, les choses sont nettes et réglées», dit-il.

Insultes devant les clients

Pas sûr. Dès 2010, la nouvelle direction ne licencie plus. Mais elle s'arrange pour que les employés prennent eux-mêmes la porte. Juin 2010, un «groupe de collaborateurs» exprime son ras-le-bol. Dans une lettre ouverte envoyée à divers responsables du conseil d'administration et que «Le Matin» détient, il met profondément en cause le nouveau directeur général et sa compagne, également directrice. «Nous sentons peser la menace en permanence», écrivent-ils. Les croupiers, selon la lettre, sont insultés devant les clients: «Tu es mauvais. Tu ne sers à rien. Tu pues, vas te laver...» La missive de doléance poursuit: «La majorité du personnel cherche un autre emploi ou est en arrêt de travail, 80% du personnel sont sous tranquillisant». Les médecins du Haut-Plateau signent force attestations qui indiquent que la seule guérison possible est de quitter le casino sans délai.

Fin 2010, les départs atteignent la quarantaine de collaborateurs. «Mais le casino est aussi un univers très particulier. Tous les casinos de Suisse se heurtent à ce genre de difficultés», tempère encore Fernand Nanchen. Aujourd'hui, le casino dévoile les bénéfices de 2010. L'année passée, il y a eu dix millions distribués à bien des partenaires: les communes du Haut-Plateau, l'Etat, la Fondation du Casino. On verra si l'année 2011 marquera d'autres bénéfices plus humains.

(source : lematin.ch/Joël Cerutti)


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