Bras de fer au Casino de Meyrin

Jeudi 7 aoűt 2003

Entre les horaires et les salaires, il existe de sérieuses tensions au sein de l’établissement.

La nouvelle va sans doute droit au cœur du SIT, le syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs. "Nos craintes se sont, hélas, avérées", réagit Ismaïl Türker. Selon des sources internes, entre six et dix personnes ont déjà quitté l’entreprise (dont quatre croupiers) à cause des horaires et des salaires.

Dès l’annonce de l’ouverture d’un casino à Meyrin, après plusieurs péripéties dont seule Genève a le secret, et celle de l’arrivée du groupe Partouche, leader européen sur le marché des casinos, le SIT est intervenu auprès de la direction. Son but: la signature d’une convention collective et l’embauche des anciens employés du Casino de Genève, comme l’avait d’ailleurs assuré à l’époque André Hédiger. "On m’a dit oui mais rien n’a été fait", estime Ismaïl Türker, alors même que le Casino du Lac avait affirmé vouloir donner la priorité aux collaborateurs de la Secsa (Société d’exploitation du Casino de Genève). "A ma connaissance, entre quatre et six personnes seulement ont été réengagées. Il en reste quatorze sur le carreau", indique le secrétaire syndical.

Des chiffres à relativiser toutefois puisque depuis la fermeture du Kursaal de Genève, les nouvelles dispositions de l’ordonnance sur les maisons de jeux sont entrées en vigueur en avril 2002. Conséquence: avec des normes plus strictes en matière de surveillance, les métiers du casino sont devenus plus "spécialisés", excluant peut-être l’engagement d’anciens collaborateurs du défunt Casino de Genève. La Suisse, qui ne connaissait que très peu la profession, a dû faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, majoritairement française. "D’accord, continue le secrétaire syndical, mais il faudra quand même m’expliquer pourquoi on a engagé des gens qui n’avaient pas fourni un certificat de bonnes vies et mœurs, indispensable pour travailler dans un casino."

"Rotation énorme"

Aujourd’hui, Ismaïl Türker a entre les mains quatre dossiers d’employés qui viennent de quitter le Casino du Lac. Avec plus de septante, voire quatre-vingts heures par semaine, les journées (et les nuits) doivent être longues... "Surtout, assure le SIT, les salaires sont largement inférieurs à ceux pratiqués au Casino de Genève. De l’ordre de 1000 à 1200 francs de moins. Et il n’y a pas de treizième salaire."

"L’organisation du travail est catastrophique, résume le syndicaliste. Une entreprise de 70 personnes doit avoir un concept de travail, ce qui n’est pas le cas à Meyrin où le taux de rotation du personnel est énorme. Je n’ai jamais vu cela. Des frontaliers n’ont pas eu le temps de recevoir leurs permis qu’ils étaient déjà partis."

"Nous l’avons observé dans d’autres casinos, il y a toujours beaucoup de mouvement de personnel à l’ouverture", rétorque Me Albert Nussbaumer. Un fait confirmé par la Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ). Un proche du milieu syndical nous a aussi avoué qu’à l’ancien Casino de Genève, les salaires des cadres étaient relativement élevés, "dans ce lieu où se pratiquait la politique des petits copains". N’empêche. Selon nos informations, avant même l’ouverture du Casino du Lac, la Commission tripartite avait refusé d’entrer en matière sur des permis de travail, les salaires ayant été jugés trop bas. Les chiffres avaient alors été revus à la hausse. Nous avons tenté de connaître les salaires pratiqués dans les autres casinos suisses, hélas, sans succès, tant la culture du secret est de mise dans ce secteur.


"Peut-être que les croupiers n’apprécient pas notre style"

Me Nussbaumer ne possède pas le nombre exact des employés ayant quitté l’entreprise. Il avance alors quelques hypothèses: "Nous avons fait venir des gens du groupe Partouche pour des périodes d’un, deux ou trois mois afin d’effectuer la mise en place. Peut-être qu’il s’agit de ces gens qui sont partis? Peut-être aussi que des croupiers n’apprécient pas le style du groupe! Je pense notamment à ceux qui n’acceptent pas que les pourboires des tables ne leur soient pas acquis! A Meyrin, nous disposons d’une caisse commune qui est divisée à parts égales: chaque employé vient de toucher 700 francs."

Concernant le treizième salaire, Me Nussbaumer indique s’être inspiré des conditions-cadres existantes dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Et de conclure: "S’il y a quatorze personnes sur le carreau de l’ancien Casino de Genève, il faut nous le dire! Nous sommes encore en phase d’engagement. Quant à ce qui concerne les horaires, ils sont de 42 heures. Peut-être a-t-il fallu donner un coup de collier avant l’ouverture mais les heures supplémentaires seront payées. Que les syndicats nous contactent!" V.Dy.

(source : tdg.ch/VALÉRIE DUBY)


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