Loteries électroniques : de nouvelles mesures jugées insuffisantes
Mardi 3 février 2026
La GESPA impose de nouvelles contraintes à la Loterie Romande. Les spécialistes des addictions restent critiques face à des plafonds de pertes qu’ils jugent trop élevés.
Extension du système d’exclusion
L’autorité intercantonale de surveillance des jeux d’argent (GESPA) a délivré début 2026 une nouvelle autorisation d’exploitation des loteries électroniques à la Loterie Romande. Cette décision s’accompagne de deux mesures principales : l’interdiction d’accès pour les personnes exclues des jeux et l’obligation pour chaque joueur de fixer des limites de pertes quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles, plafonnées à 2000 francs par mois. Ces mesures nécessiteront le remplacement progressif des 700 distributeurs actuels d’ici fin décembre 2027, avec l’introduction d’une nouvelle génération de bornes prévue dès l’été 2027.
Un dispositif technique contraignant
Pour accéder aux jeux, les utilisateurs devront télécharger une application mobile permettant de vérifier leur identité, leur âge et leur statut dans le registre d’exclusion. À chaque session de jeu, il faudra scanner un code-barres sur l’appareil. La Loterie Romande devra ainsi empêcher l’accès aux personnes qui ont demandé leur exclusion ou sortie temporaire des jeux, une mesure jusqu’ici appliquée uniquement aux jeux de loterie en ligne.
Des limites inadaptées aux revenus modestes
Olivier Simon, responsable du Centre du jeu excessif au Service de médecine des addictions du CHUV et interrogé par le 24 Heures, se montre réservé face à ces annonces. Il juge la limitation à 2000 francs mensuels très élevée, sachant que les personnes qui consomment ces jeux ont souvent des revenus modestes. Il rappelle que des épidémiologistes canadiens situent le jeu à faible risque à une dépense inférieure à 1% du revenu.
Un tiers des consultations au CHUV
Les loteries électroniques représentent l’un des jeux les plus dangereux en termes de potentiel addictif. Parmi les personnes qui demandent de l’aide au Centre du jeu excessif, un tiers est concerné par cette offre. Selon la littérature scientifique internationale, les personnes en situation d’addictions contribuent en moyenne pour 30 à 50% aux recettes de ces jeux. Cette réalité soulève des questions éthiques sur un modèle économique qui repose en partie sur la vulnérabilité de certaines personnes.
Des délais et des résistances
Olivier Simon déplore que la mise en place de solutions efficaces ait été régulièrement retardée, alors que la dangerosité de ces dispositifs est connue depuis longtemps. Il rappelle que les professionnels des addictions alertent depuis des années sur la nécessité d’une régulation stricte de ces machines. Le sujet a effectivement suscité une forte résistance avec des recours jusqu’au Tribunal fédéral, retardant l’application de mesures de protection pourtant essentielles pour les personnes vulnérables.
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