À cause des cryptocasinos, rien ne va plus!

Vendredi 3 septembre 2021

Illégales, réduisant la possibilité de lutter contre les addictions, les nouvelles plateformes où tout se paie en bitcoin mettent l’industrie des jeux d’argent sous forte pression.

Ils ont pour surnoms Kawa, Secod ou Roshtein. Sur leur chaîne hébergée par la plateforme Twitch, en live devant plusieurs centaines, voire milliers de téléspectateurs, ils passent une bonne partie de leur temps à perdre ou à gagner des montants parfois astronomiques aux machines à sous. Jeudi dernier, en quelques heures, le streamer Tyler Niknam faisait monter le solde de son compte de 100’000 à 2,8 millions de dollars, devant une moyenne de 35’000 personnes.

Depuis quelques mois, les jeux d’argent connaissent une popularité inédite sur le site de streaming appartenant à Amazon. Ils la doivent à une nouvelle génération de sites: les crypto-casinos. Ces maisons de jeu, où tout se paie en bitcoin, en litecoin ou encore en ethereum, n’hésitent pas à dépenser l’équivalent de centaines de milliers de dollars pour sponsoriser ces jeunes streamers. À cela s’ajoute une myriade de bonus offerts pour attirer de nouveaux joueurs.

Dangers d’addiction

L’agressivité commerciale de ces sites baptisés Stake.com, Roobet ou Duelbits ne poserait pas de problème si un cinquième du public n’était pas mineur sur Twitch, et surtout s’ils n’étaient pas totalement illégaux. Basées aux Caraïbes, à Curaçao (Antilles néerlandaises) ou dans d’autres paradis fiscaux, ces maisons de jeu enfreignent les lois de nombreux pays, à l’instar des lois suisses.

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«La dépendance aux jeux d’argent est celle qui a le plus de conséquences tant sur l’entourage que pour le reste de la société.»

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À première vue, le problème ne semble pas très neuf. La guerre contre les sites de jeux d’argent illégaux remonte déjà à un certain nombre d’années. Avec l’essor des crypto-casinos ces derniers mois, la lutte s’est pourtant drastiquement accentuée. Car contrairement aux versements classiques d’argent, nécessitant la détention d’une carte bancaire, ou un compte de type Twint en Suisse, les transactions en cryptomonnaie sont anonymes. Un simple pseudonyme suffit pour ouvrir un portefeuille virtuel où planquer ses bitcoins.

Cette incapacité de savoir qui joue sur ces sites en ligne pose d’énormes soucis. L’âpre bataille menée contre l’addiction aux jeux d’argent s’en trouve compliquée. «Cette dépendance est celle qui a le plus de conséquences tant sur l’entourage que pour le reste de la société», rappelle le secrétaire général du GREA (groupement romand d’études des addictions), Jean-Félix Savary.

Inquiétude des autorités

Alors que les maisons de jeu sont fortement régulées sur le plan national et représentent des recettes fiscales importantes (248 millions de francs versés à l’AVS en 2020), cette concurrence échappe à toutes formes de règles. Le succès inquiète de plus en plus les autorités de nombreux pays, et des premières décisions ont été prises ces derniers mois.

En France, l’ampleur du problème est telle que l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a préféré rompre avec la discrétion dont elle est coutumière. Fin juillet, elle indiquait avoir ordonné le blocage des sites Cbet.gg et Stake.com. «Nous avons décidé pour la première fois, de donner un écho à ces jugements pour attirer l’attention du public sur la dangerosité de ces sites illégaux qui enregistrent des audiences particulièrement élevées», peut-on lire dans le communiqué de l’ANJ.

Dans les pays anglo-saxons, les inquiétudes sont similaires. La Commission britannique des jeux d’argent adressait, il y a quelques semaines à peine, un avertissement aux opérateurs de jeux en bitcoins pour qu’ils obtiennent les licences nécessaires, sous peine de sanctions.

Sous pression aux États-Unis, Twitch s’est aussi décidé à agir. Depuis une dizaine de jours, si les streamers peuvent toujours jouer aux machines à sous, ils ont l’interdiction de faire la promotion des crypto-casinos sur leurs chaînes. À plus long terme, il est fort probable que la plateforme adopte la même politique que ses concurrents (YouTube et Facebook Gaming): l’interdiction pure et simple de la diffusion de ce type de contenus.

Une Suisse peu alarmiste

En Suisse, en revanche, que ce soit du côté des autorités ou des maisons de jeu directement concernées par cette concurrence illégale, le ton se veut moins alarmiste. «D’un point de vue légal, il n’existe aucune différence entre un opérateur offrant des jeux d’argent non autorisés en Suisse à l’aide d’argent réel ou virtuel», répond la Commission fédérale des maisons de jeu. Elle précise toutefois que les principaux sites en cryptomonnaie ont déjà fait l’objet d’un blocage au sein de nos frontières. Après test, une bannière empêche effectivement d’accéder à Stake.com, l’un des leaders du marché. Le souci est qu’à l’aide d’un système VPN (Virtual Protocol Network), il est très facile pour les joueurs de contourner ces blocages géographiques.

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«Le fait que des fournisseurs illégaux continuent d’apparaître nous motive à améliorer continuellement notre offre (sur jackpots.ch).»

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Cette concurrence ne semble pas non plus mettre sous pression les quelques casinos suisses qui proposent déjà des jeux sur internet. «Le fait que des fournisseurs illégaux continuent d’apparaître nous motive à améliorer continuellement notre offre (sur Jackpots.ch)», assure Patrick Senn, porte-parole du casino de Baden. Selon lui, cela sera suffisant pour réduire la motivation des Suisses à aller tenter leur chance sur des sites illégaux.

Le discours est clairement différent au sein des organismes qui luttent pour protéger les joueurs. «Au côté des offres de microtrading de type Yuh (ndlr: nouvelle application financière numérique de Swissquote et de PostFinance) ou des systèmes de butins aléatoires (loot boxes) développés par l’industrie du jeu vidéo, ces crypto-casinos augmentent encore les risques d’addiction», regrette Jean-Félix Savary. Pour le GREA, la nouvelle vague de sites illégaux rappelle à quel point «la législation suisse sur les jeux d’argent est obsolète, basée sur un modèle où l’on défend surtout le milliard de recettes accumulées par les jeux d’argent et non pas leurs victimes».

(source : tdg.ch/Olivier Wurlod)


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